 |
La recherche suivante a été effectuée par
le Vignoble
Coteau St-Paul.
La culture de la vigne se pratique depuis les débuts de
la Nouvelle-France, à petite échelle certes, mais
avec une expansion soudaine dans le dernier quart du XIXe siècle,
et surtout, depuis le début des années 1980.
EXTRAIT DU JOURNAL DE BORD DE JACQUES CARTIER
7 septembre 1535
Après que nous fumes arrivez avecques les barques ausdictz
navires, et retournez de la ripvière saincte Croix,
le cappitaine commanda aprester lesdictes barques, pour
aller è terre à ladicte ysle (61) veoyr les arbres qui
sembloient a veoir fort beaux, et la nature de la terre
d'icelle ysle ; ce qui fut faict. Et [nous] estans à
ladicte ysle, la trouvasmes plaine de fort beaulx arbres,
comme chaisnes, hourmes, pins, seddrez et aultres boys
de la sorte des nostres ; et pareillement y treuvasme
force vignes, ce que n'avyons veu, par cy-devant à toute
la terre; et pour ce, la nommasmes L'ISLE DE BASCUS
(62). Icelle isle tient de longueur environ douze lieues
et est moult belle terre [à veoir], et vnye, [mais est]
plaine de boys, sans y avoir aucun labouraige, fors
qu'il y a [aucunes] petites maisons, où ilz font pescherie,
comme par cy davant est faict mentio.
|
|
|
Jacques Cartier fut le premier à constater, et à
noter dans son carnet de voyage, que la vigne pousse sur le territoire
qu'il était en train d'explorer. En 1535, à son passage
à l'île d'Orléans, la vigne sauvage Vitis riparia
y est présente en abondance. Il baptise donc l'île
: L'Isle de Bacchus. Tel que révélé dans un
certain texte de l'époque (Boucher, 1664), il est dit que
cette vigne donne par contre un vin un peu âcre, qui tache
beaucoup, devenant toutefois meilleur après un an de vieillissement.
Par la suite, Samuel de Champlain plante, dès 1608, des vignes
de France Vitis vinifera qui ont beaucoup de difficultés
à résister au climat de nos hivers.
L'idée de cultiver des vignes à vin avec pour but
d'en faire la transformation perdure tout de même puisque
les religieux, principalement les Sulpiciens et les Jésuites,
voient au développement de la viticulture en plantant plusieurs
variétés de raisins en provenance de l'Europe. D'autre
part, les gens du peuple font du vin et des boissons avec le raisin
sauvage et les autres petits fruits d'ici.

| Le port de Rochefort en 1762 vu par
Joseph Vernet : Chargement des marchandises destinées
aux colonies. |
|
|
À l'époque, les aubergistes, les religieux et les
gens fortunés importent beaucoup de vins de France et d'Espagne.
En 1739 par exemple, la Nouvelle-France importe l'équivalent
de 775,166 bouteilles de vin pour une population de 24 260 adultes
(plus de 15 ans d'âge), ce qui équivaut à 32
litres par personne annuellement. À titre comparatif, en
1992, Statistique Canada évaluait la consommation moyenne
de vin des Québécois à 14 litres par personne
annuellement (Lafrance, 1992). La consommation per capita au Québec
seulement a sûrement doublé depuis.
À partir de la Conquête, et ce jusqu'à la Confédération
en 1867, les spiritueux dominent le marché de la consommation
: les Anglais favorisent le commerce des alcools forts avec les
autres colonies britanniques, au détriment des échanges
avec la France. Le développement de la viticulture en est
donc réduit au savoir local et l'importation de vins de France
est ralentie.
Plus tard, à partir de 1864, le gouvernement du Québec
va encourager la culture de la vigne par des subventions à
l'expérimentation sur des raisins du pays et des hybrides
plus rustiques en provenance des États-Unis. La création
de ceps mieux adaptés à nos climats et à nos
terroirs, ainsi qu'un développement durable en viticulture,
aurait pu être possible à l'époque ; or, sans
le soutien continu de l'État, avec les alternances de régimes
au gouvernement, et les pressions politico-religieuses anti-viticulture,
les résultats subséquents ont été variables
et sans suivi.

| Les vignobles canadiens : la récolte
du raisin. L'opinion publique, Vol 10, no 44, pp. 519
(30 octobre 1879). Gravure |
|
|
À la fin du 19e et au début du 20e siècle,
il y a une reprise progressive des échanges commerciaux avec
la France, grand exportateur de vin, de sorte que la consommation
de vins étrangers augmente de façon constante. En
conséquence, le développement d'une viticulture québécoise
est considérablement ralentie, le manque d'expertise des
agriculteurs en vinification n'aidant pas à produire de bons
vins à prix compétitif. Et avec les années
de guerre, et la prohibition aux États-Unis aidant, nos gouvernements
ont privilégié les échanges avec l'Europe.
Avec l'arrivée d'immigrants en provenance de pays producteurs
de vins comme les Italiens, les Portugais et les gens d'Europe centrale,
dont la culture du vin est partie intégrante de leur quotidien,
il y a eu, de nouveau, un intérêt marqué pour
la viti-viniculture.
Mais, ce n'est que durant la période des années ’70,
après la Révolution tranquille, alors que les jeunes
Québécois se sont mis aux grands voyages et ont séjourné
en France et en Europe, que l'attrait pour des vins d'ici, fait
à partir d'hybrides français, européens et
nord-américains, reprend son essor, et que, ces mêmes
jeunes développent une expertise propre à nos climats
nordiques et à notre terroir, et ce, il faut le dire, sans
l'aide des gouvernements québécois et canadien, qui
pourtant, à la même époque, soutiennent et financent
à outrance les autres cultures et cultures fruitières,
à travers leurs institutions respectives.
Il y a actuellement près d'une cinquantaine de vignobles
artisanaux au Québec, répartis dans les régions
le long et au sud du fleuve Saint-Laurent, dont seulement quelques
uns des plus anciens produisent plus de 40 000 bouteilles annuellement,
la moyenne étant plutôt de 10-20 000 bouteilles annuellement;
et la rentabilité n'étant pas encore au rendez-vous
pour plusieurs. Triste constat. Pourtant, dans des concours internationaux
où l'on goûte les vins à l'aveugle, les vins
québécois ont remporté plus de 140 médailles
en 16 ans.
Tous droits réservés, Vignoble
Coteau St-Paul.
|